Bien que le ministère argentin de la défense ait mis à sa disposition du personnel administratif et un bureau, les 3 experts sous-mariniers désignés pour enquêter sur ce qui est arrivé au sous-marin San Juan, disparu depuis le 15 novembre, se réunissent chez eux et parfois dans des cafés pour réunir des éléments et des témoignages. Ils veulent maintenir la plus grande distance et empêcher tout soupçon de contamination avec l’organisme qui les a réuni et avec le climat agité dans lequel se débat la marine argentine depuis la tragédie.

Les contre-amiraux Alejandro Kenny et Gustavo Adolfo Trama, ainsi que le capitaine de vaisseau Jorge Rolando Bergallo, sont tous les trois en retraite. Le commandant Bergallo est le père du commandant en second du sous-marin disparu. Ils ont déjà rencontré des témoins, demandé des informations à la marine et au gouvernement, consulté des archives et ils étudient chaque détail afin de pouvoir éclaircir le principal mystère de cet accident : pourquoi le sous-marin San Juan n’est-il pas remonté en surface, comme le prévoit la règle de base que tout sous-marinier connait par cœur et qu’il doit appliquer face à une situation d’urgence.

Constituée un mois après la tragédie, la commission est autorisée à interroger des spécialistes internationaux. Elle a déjà échangé des mails avec l’analyste acoustique Bruce Rule, de l’US Navy, qui a étudié l’“anomalie hydro-acoustique” détectée par des senseurs immergés le 15 novembre, 3 heures après la dernière communication du San Juan. Il avait conclu dans un rapport que le sous-marin avait subi un écrasement mortel en moins d’une seconde.

Les experts ont constaté qu’il y a une différence de quelques minutes entre le son détecté par l’US Navy et celui enregistré par l’Organisation d’interdiction des essais nucléaires. « Cette différence peut s’expliquer par la diversité des senseurs utilisés et par la propagation du son dans l’eau. Mais il ne faut pas écarter la possibilité qu’il y ait eu 2 explosions, » indique une source navale.

Pour éclaircir ce doute, ils ont pris posé la question à Rule et à l’organisme international. Ils ont aussi pris contact avec les 2 amiraux qui se sont rendus en Allemagne pour rencontrer la direction de Thyssen Krupp et Ferrostaal, les 2 entreprises qui avaient conçu et construit le sous-marin au début des années 80.

En plongée

Les experts sous-mariniers partent du principe que le San Juan était en plongée, à l’immersion périscopique, quand il a transmis ses messages dans la matinée du 15 novembre. Bien qu’on ne leur ait pas encore remis le contenu exact des communications, mais seulement les rapports que les autorités navales ont transmis au ministre de la défense, Oscar Aguad , les membres de la commission estiment que ces messages ont été transmis dans un climat de calme apparent.

Les 3 sous-mariniers tentent de savoir ce qui s’est passé à bord du San Juan et comment cela s’est produit. Leur expérience les conduit à relativiser la possibilité qu’une entrée d’eau dans le local batterie ait produit une combustion. « Dans une telle situation, les batteries n’explosent pas. Lors des exercices d’urgence, le sous-marin est généralement inondé pour que l’équipage sorte par l’écoutille, avec sa combinaison de sauvetage, en plongée. Et il n’y a pas d’explosion. Bien sûr, les batteries dégagent de l’hydrogène et elles peuvent émettre du chlore qui est un gaz mortel, » explique une source navale.

La commission n’a pas pour mission d’examiner les accusations de corruption ou les conditions du grand-carénage réalisé entre 2008 et 2014. Ce sera la mission de la commission parlementaire et aussi de la juge Marta Yañez, qui conduit l’instruction judiciaire.

Les 3 sous-mariniers estiment que le San Juan était en bonnes conditions lorsqu’il a appareillé d’Ushuaïa. « Ce n’était pas un désastre, et ils ne partaient pas pour une mission suicide, » assure-t-on dans leur entourage. La preuve est qu’une délégation officielle de 15 personnes, menée par le vice-gouverneur de la Terre de Feu, a visité le sous-marin le 6 novembre, et a navigué en plongée pendant 4 heures jusqu’au Canal de Beagle. Parmi les membres de la délégation se trouvait le commandant de la Force sous-marine, le capitaine de vaisseau Claudio Villamide.

La commission n’écarte aucune hypothèse et imagine plusieurs scénarios, mais certaines théories sont considérées comme improbables, comme la possibilité que le sous-marin soit entré en collision avec un bateau de pêche illégal. Ses membres estiment qu’il est difficile que cette collision se produise sans laisser de traces. Ils restent aussi circonspects avec l’explication qui réduit l’accident à une conséquence des budgets réduits. Ils rappellent que le sous-marin français Minerve a coulé en 1968 lors d’un exercice en Méditerranée, comme le sous-marin américain Scorpion. « Il s’agit de pays sans problèmes budgétaires et eux aussi ont traversé des situations similaires, » explique un sous-marinier expérimenté.

Référence :

La Nación (Argentine)