Pendant 2 ans, le sous-marin suédois HMS Gotland a effectué des exercices avec les forces américaines du Pacifique. L’objectif était de se préparer àla participation àdes missions internationales de maintien de la paix et de contribuer au développement des forces sous-marines des 2 pays.

La marine américaine avait déjà compris en 2000 que les sous-marins suédois étaient des adversaires valables. A l’époque, le HMS Halland, un sous-marin du même type que le HMS Gotland, qui se trouvait en Méditerranée pour "effectuer des essais techniques, tactiques et opérationnels dans des eaux plus salées et plus chaudes que celles de la mer Baltique, en préparation de la future participation des armées suédoises à ces opérations sous-marines internationales que le gouvernement avait décidé dans le cadre de l’Union Européenne", les américains avaient remarqué à quel point les sous-marins suédois étaient silencieux et, par conséquent, à quel point il était difficile de les repérer.

L’année suivante, le directeur d’un centre de recherche de l’US Navy a discuté du besoin d’exercices communs avec l’attaché de défense de l’ambassade de Suède à Washington, le contre-amiral Bertil Björkman. Björkman a considéré qu’il s’agissait d’une demande indirecte et expliqué qu’une telle demande devait suivre la voie politique normale, mais qu’il était prêt, si l’US Navy le souhaitait, à faire remonter la question à un niveau plus élevé

Björkman est rentré en Suède et, dans le plus grand secret, a rendu compte aux plus hauts niveaux des forces armées et du gouvernement. Ils ont donné une réponse positive et Björkman a pu, à son retour aux USA, commencer les négociations sur les conditions de collaboration, un processus qui a duré environ 15 mois.

 Des conditions différentes

A l’été 2005, le HMS Gotland était arrivé à la base navale américaine de Point Loma à San Diego. Le HMS Gotland a participé à un certain nombre d’exercices, dont des missions de recherche de sous-marins avec la participation de navires, d’avions et d’hélicoptères américains.

Le Lieutenant Commander Peter Östbring, le premier commandant du contingent suédois, a aussi été le premier à arriver de Suède à San Diego pour construire un réseau de contacts.

“Le HMS Gotland a collaboré avec la plupart des unités de la flotte du Pacifique. Notre tâche n’était pas de participer à des exercices avec de nombreux navires, mais aussi d’éviter d’être repérés par les missions de recherche américaines,” explique Peter Östbring.

Lorsqu’on lui demande si des matériels ont été modifiés ou remplacés pour la mission à San Diego, il explique que certaines modifications au matériel de communication radio ont été nécessaires pour permettre la compatibilité avec le système américain, mais que, sinon, le HMS Gotland était équipé comme d’habitude.

 Responsabilité individuelle

S’il y a de nombreuses ressemblances entre le service à bord des sous-marins suédois et américains, il y a aussi des différences. Des membres d’équipage féminins n’ont rien d’étrange sur un sous-marin suédois. Une femme travaille dans les mêmes conditions que son homologue masculin. Au contraire, on ne trouve aucune femme à bord des sous-marins américains. Ils ont une attitude complètement différente envers les femmes.

Le Lieutenant Commander Paula Wallenburg faisait partie de l’équipage du HMS Gotland. Elle a embarqué comme observateur sur l’USS Jefferson City et elle a immédiatement remarqué que certains membres d’équipage acceptaient mal l’idée d’avoir une femme à bord, et que certains étaient même ouvertement hostiles à cette idée.

“Les choses se sont améliorées au fur et à mesure que le temps passait. Comme à chaque fois que l’on garde une attitude ouverte,” indique Wallenburg.

Elle raconte aussi les "avantages" qu’on lui a attribué lors de son passage à bord du sous-marin américain. Par exemple, on lui a attribué une cabine de 3 couchettes pour elle seule. Wallenburg a essayé d’expliquer que ce n’était pas nécessaire, mais ses efforts sur ce point ont été vains.

La structure des équipages varie aussi entre les 2 marines. Paula Wallenburg raconte que, à terre, elle organisait les activités en mer. A bord, elle était chef d’une bordée de quart ainsi qu’officier chargé des torpilles et de leur lancement. Comme chef de bordée, elle était responsable devant le commandant de la manœuvre et de la navigation du sous-marin. Ce poste implique aussi la supervision de la navigation, du fond sous la quille, de la transmission et de la réception des messages. EN plus de tout cela, les compte-rendus et les journaux de bord doivent être remplis. Les visiteurs américains embarquant sur le HMS Gotland étaient surpris que tant de tâches soient attribuées à si peu de personnes.

“Nous autorisons qu’un plus grand degré de responsabilité repose dans les mains de chaque membre de l’équipage. Pour nous, c’est une façon naturelle de faire, alors que les Américains ont une vue plus restrictive de leur fonction à bord. Il n’y a rien de mal à cela, juste une approche différente,” remarque Wallenburg.

 Un écran sonar orange

Les navires américains participant aux exercices avec les Suédois étaient par exemple des destroyers de la classe Arleigh Burke, des croiseurs de la classe Ticonderoga et le porte-avions USS Ronald Reagan, le plus récent porte-avions américain. Le HMS Gotland a aussi participé à des exercices avec des avions de patrouille maritime P-3 Orion, des hélicoptères de lutte anti-sous-marine Sea Hawk et des chasseurs F-18 Hornet.

Les conditions étaient complètement différentes de celles rencontrées dans les eaux suédoises. Alors que les fonds atteignent péniblement 100 mètres dans la Baltique, l’océan, dans les zones où avaient lieu les exercices, peut atteindre des milliers de mètres de profondeur. La plus grande quantité de sel dans l’eau modifie, par exemple, la façon dont la flottabilité est calculée. Les conditions de courant et de vent sont aussi différentes. Mais c’était l’objectif des exercices — que chacun apprenne de l’autre.

“Nous avons dû adapter notre façon d’agir au fait que nos opposants étaient des porte-avions et des croiseurs. A part cela, il n’y avait pas de véritable différence,” explique Östbring.

Cependant, l’environnement sonore est très différent pour les opérateurs sonar. Le bruit de la vie animale de l’océan Pacifique, dont les chants et les clics des baleines, ne ressemblent pas du tout à ce qu’on entend dans les bras de mer suédois.

“A plusieurs occasions, notre écran sonar est devenu orange,” raconte Paula Wallenberg. Ils se sont aperçus qu’une troupe de dauphins voulait jouer avec eux. “Quand vous avez 400 mètres d’eau sous la quille, on se sent tout petit, mais avec une troupe de dauphins juste dehors, on ne se sent plus aussi seul.”

Référence :

DefenseTalk