L’Égypte souhaite acheter des sous-marins Barracuda, mais aussi pouvoir les construire

  • Dernière mise à jour le 6 janvier 2026.

L’Égypte poursuit ses négociations avec la France en vue d’une éventuelle acquisition de sous-marins dérivés du Barracuda, les discussions portant principalement sur l’extension des droits de production. Aucun contrat n’a été signé à ce jour, Le Caire souhaitant s’impliquer davantage dans la construction et devenir propriétaire du programme à long terme.

L’Égypte cherche à obtenir des droits de production élargis dans le cadre des négociations avec la France pour l’acquisition de sous-marins de classe Barracuda, une condition qui a retardé la signature du contrat. Le lot proposé, qui devrait comprendre quatre sous-marins à propulsion conventionnelle d’une valeur comprise entre 4,5 et 6 milliards d’euros, remplacerait quatre sous-marins de classe Romeo vieillissants et permettrait d’éviter un trou de capacités à court terme.

Selon les informations disponibles, le premier devant entrer en service entre 2032 et 2035. Sur la base de programmes similaires dérivés du Barracuda en Europe, le coût d’acquisition d’un tel ensemble se situerait vraisemblablement entre 4,5 et 6 milliards d’euros, en fonction de la configuration, de l’intégration des armements, des infrastructures et du niveau de participation industrielle. Les négociations n’ont pas encore abouti à la signature d’un contrat, l’Égypte souhaitant obtenir des conditions allant au-delà d’un simple achat à court terme, notamment des droits de fabrication locale et des options d’exportation futures.

Du point de vue égyptien, le Barracuda pourrait remplacer quatre sous-marins de classe Romeo vieillissants tout en complétant les quatre sous-marins de type 209 livrés entre 2016 et 2021, sans créer de trou capacitaire à court terme. L’un des principaux freins à l’avancement du projet réside apparemment dans l’exigence égyptienne de pouvoir fabriquer localement des dérivés du Barracuda, une condition qui modifie considérablement la structure de l’accord. Le Caire ne recherche pas un rôle limité à l’assemblage final, mais plutôt un dispositif permettant à ses chantiers navals nationaux d’assumer progressivement la responsabilité de la construction de la coque, de l’intégration et du soutien à long terme, à l’instar des précédents programmes navals où le transfert de technologie et la construction locale étaient des conditions essentielles.

Cette exigence complexifie le projet car la construction de sous-marins implique des processus rigoureusement contrôlés, de longues chaînes d’approvisionnement et des systèmes sensibles difficilement transférables intégralement. De ce fait, une part importante des négociations a porté sur la définition du périmètre de la production locale, la répartition des responsabilités entre les industries française et égyptienne et la viabilité à long terme d’un tel accord. Un deuxième point important en discussion concerne la demande de l’Égypte d’obtenir des droits de réexportation pour les dérivés du Barracuda fabriqués localement, ce qui permettrait au Caire de proposer à l’avenir des versions adaptées à des pays tiers.

Pour la France, cela soulève des questions relatives au partage des risques industriels, à la protection des technologies sensibles et au contrôle à long terme des normes de production, faisant du volet industriel l’un des éléments les plus complexes des négociations. Cet objectif a également des implications stratégiques et commerciales, car il influe sur la gestion des droits de production, du contrôle des configurations et des autorisations d’exportation sur plusieurs décennies. L’octroi de droits de réexportation nécessiterait des limitations claires quant aux variantes commercialisables, aux systèmes qui resteraient soumis à restrictions et aux modalités de contrôle exercé par la France sur les exportations en aval. À ce jour, ces questions demeurent sans réponse et sont directement liées au cadre industriel en cours de négociation, ce qui explique l’absence d’accord définitif.

Bien qu’aucun chiffre officiel n’ait été divulgué concernant une éventuelle commande égyptienne, les points de référence disponibles pour d’autres programmes liés au Barracuda indiquent qu’un tel projet représenterait probablement un investissement total de plusieurs milliards d’euros. Les contrats européens dérivés du Barracuda, selon leur portée et la participation industrielle, ont atteint des montants de 5 à 6 milliards d’euros pour quatre sous-marins, hors soutien à long terme et infrastructures. Si l’Égypte optait pour une production locale, les coûts initiaux pourraient être plus élevés en raison des investissements nécessaires dans les installations, l’outillage, la formation du personnel et les processus de contrôle qualité, autant d’éléments qui engendreraient des coûts et des délais supplémentaires lors des premières phases du programme. Les délais de livraison, en cas de signature d’un contrat, s’étendraient probablement sur plus d’une décennie, le premier sous-marin entrant en service entre 2032 et 2035, les unités suivantes étant livrées à intervalles de 18 à 24 mois, en fonction des capacités de production et de la montée en puissance de la production locale.

Parallèlement de la version nucléaire destinée à la marine nationale, la conception du Barracuda a été progressivement adaptée au cours des années 2010 en variantes d’exportation à propulsion conventionnelle, permettant à la même architecture de base de prendre en charge des configurations non nucléaires pour les clients étrangers.

Pour les clients à l’export, la conception du Barracuda a déjà été adaptée de diverses manières, illustrant à la fois sa flexibilité et les engagements industriels qu’elle implique. Une version à propulsion conventionnelle avait été sélectionnée par l’Australie en 2016 pour un programme de douze sous-marins de classe Attack, annulé en 2021 pour des raisons stratégiques sans lien avec les performances techniques.

Plus récemment, les Pays-Bas ont choisi une conception dérivée du Barracuda pour remplacer les sous-marins de classe Walrus, donnant lieu à un programme de quatre unités dont la construction est concentrée en France, avec une coopération industrielle structurée avec l’industrie néerlandaise.

Référence :

Army Recognition (Belgique)