Une erreur humaine à bord d’un sous-marin d’entraînement (…)
Le 27 novembre, la frégate type La Fayette (FLF) Surcouf (…)
Un an après la signature d’un accord sur la construction en commun de 27 frégates multi-mission FREMM, l’Italie et la France doivent encore décider comment vendre le navire à l’étranger, soulevant la possibilité que les 2 nations se concurrencent pour la vente du même navire.
Lorsqu’on lui a demandé s’il pourrait y avoir 2 offres séparées de la France et de l’Italie pour les FREMM, un dirigeant français de l’industrie de défense a répondu : "Il y a des discutions entre les 2 DGA et les 2 ministères."
Une source politique haut-placée du coté Italien a indiqué qu’un accord pour aligner les efforts de vente pourrait être atteint.
Mais un responsable industriel en Italie a indiqué qu’un accord véritable était encore loin.
"Les Français suggèrent que, une fois que le client a accepté le concept FREMM, les efforts de vente communs devraient cesser et l’Italie et la France commenceraient à vendre chacune leur propre configuration spécifique du navire," a-t-il indiqué.
Aucun responsable du ministère français de la défense n’était disponible pour un commentaire. La Grèce a déjà exprimé son intérêt pour la frégate, et des sources industrielles et gouvernementales en France et en Italie indiquent que le Canada, la Turquie et l’Arabie Saoudite sont de possibles cibles de vente.
Le responsable Italien a ajouté que la logique des enchères concurrentes était en partie basée sur les différences entre les navires des 2 pays, pas seulement en terme de systèmes, mais aussi de coque.
"Pour recevoir le missile de croisière Scalp, les Français ont une forme de coque légèrement différente," a-t-il indiqué. "Par conséquent, un navire version export Italienne aura une vitesse potentiellement supérieure avec la même puissance installée."
Des systèmes différents pourraient aussi compliquer des efforts communs de vente, a indiqué le responsable Italien.
"Les systèmes anti-sous-marins et anti-aériens sont similaires, mais pour le radar et les communications, il y a des solutions Italiennes et Françaises différentes," a-t-il indiqué. "Avant de signer l’accord pour la construction des FREMM, il y avait un sérieux effort pour régler la question de la commercialisation, mais malheureusement, il n’a pas réussi."
Le programme bilatéral est mené en France par Armaris, une joint venture de Thalès et DCN, et en Italie par Orizzonte Sistemi Navali, une joint venture de Fincantieri et Finmeccanica.
La Marine Grecque a exprimé le besoin d’environ 6 nouveaux navires. Cela fait d’elle le premier candidat pour l’exportation du navire franco-italien. Le responsable Italien a indiqué que la France avait déjà pris la tête dans la promotion de la FREMM, grâce au plus grand poids diplomatique mis dans les efforts de vente de matériels militaires.
"En Grèce, le chantier Elefsis a signé un MOU [1] provisoire avec la France pour la construction de frégates FREMM parce qu’il sait qu’il aura le soutien politique de la France quand il parlera au Gouvernement Grec pour choisir le chantier de construction, s’il est en compétition avec le chantier Hellenic Shipyard," a-t-il indiqué.
Armaris a indiqué dans un communiqué du 25 octobre qu’elle avait signé un MOU avec Elefsis comme partenaire local pour proposer une solution basée sur la FREMM, qui comprendrait un transfert de technologie. La participation du chantier grec comme partenaire stratégique dans d’autres programmes d’exportation de la FREMM a aussi été envisagée, pour créer une coopération à long terme qui pourrait être profitable à l’industrie Grècque, ajoute la déclaration.
L’approche de France vers l’Arabie Saoudite, a-t-il ajouté, a été faite sans consulter l’Italie. En revanche, un effort de vente vers la Turquie pourrait une chance pour l’Italie de prendre l’initiative, a-t-il indiqué.
La France et l’Italie partagent les coûts de développement de la frégate multi-mission et prévoit de commander 27 navires — 17 pour la France, 10 pour l’Italie — afin d’obtenir des économies d’échelle.
Un effort commun pour l’exportation de la FREMM aiderait à réduire la compétition fratricide européenne sur les ventes à l’étranger.
Hughes Verdier, vice-président des secteurs public et de défense pour la firme de consultants BearingPoint France, a déclaré, "C’est un véritable programme de coopération, et les dirigeants politiques de France et d’Italie ne voudront pas voir une telle querelle apparaître en public. Au final, la décision sera prise par des politiciens et non par les DGA ou les marines.
"Il y a de petites différences de conception entre les navires des 2 pays, et beaucoup va dépendre de l’expression de besoin de la Marine Grecque," a-t-il indiqué. "Finalement, c’est le client qui décide."
Francois Lureau, Délégué Général pour l’Armement (DGA), a déclaré le 15 novembre au cours d’un symposium naval organisé par la firme de conférences Défense & Stratégie, que l’industrie européenne souffrait d’une "pléthore" de produits concurrents sur le marché mondial, ce qui signifie une diminution des marges là où l’industrie attend de faire des profits et de déplacer les coûts du marché national.
"Nous devons rationaliser nos approvisionnements et améliorer nos marges," a-t-il déclaré.
Le ministre de la défense, Michèle Alliot-Marie, avait auparavant ouvert le symposium en souhaitant des liens plus étroits entre DCN, Navantia d’Espagne et Thyssen- Krupp Marine Systems (TKMS) d’Allemagne, et poussé l’industrie à réfléchier au niveau européen et à rejeter la voie du protectionisme.
Jean-Marie Poimboeuf, PDG de DCN, a déclaré que le besoin d’être compétitif sur les marchés étrangers jutifie le besoin de rationaliser l’industrie européenne, compte-tenu de la prolifération des programmes nationaux et l’émergence d’acteurs comme la Russie, la Chine et la Corée du Sud.
"La question n’est “devrions-nous consolider”,mais comment et quels facteurs vont nous aider ?’" a-t-il indiqué.
Les Etats-unis contruisent un type de destroyer, un de frégate et un de porte-avions, alors qu’en Europe, il y a 2 programmes de destroyer, 4 de frégates, 3 de corvettes et 2 de porte-avions.
Jean-Georges Malcor, dirigeant de la division Thales Naval France, a indiqué que les besoins de technologies impliquaient plus de coopération en recherche et développement dans les secteurs où l’Europe est compétitive, principalement les sous-marins classiques, les radars, les sonars et les communications.
Les programmes en coopération n’ont pour l’instant pas mené à une consolidation, mais il est plus facile de consolider quand les carnets de commande sont plein et que le niveau de travail est au plus haut, grâce à ces programmes, a-t-il déclaré. Le programme FREMM en est un qui pourrait aider à restructurer l’industrie au niveau national.
Klaus Borgschulte, PDG de TKMS, a indiqué que l’Allemagne n’avait pas mis en place de “lignes de barbelé” vis-à-vis du reste de l’Europe, mais qu’elle avait terminé sa consolidation nationale au travers de l’intégration des filiales de sa compagnie, y compris l’acquisition d’Atlas Elektronik.
"L’Allemagne est ouverte pour la prochaine étape en Europe," a-t-il déclaré.
Borgschulte a précisé que le partenaire doit avoir un juste équilibre dans les capacités technologiques, commerciales et financières. TKMS est inquiet à propos de l’actionariat public, mais est désireux de discuter de cette question, a-t-il indiqué.
Les compagnies allemands ont pendant longtemps répugné à prendre des participations dans des compagnies publiques, préférant les compagnies privées.
Les futures étapes ont besoin d’un produit fort autour duquel se consolider, un peu comme l’A300 a formé la base d’Airbus, avec un besoin technologique et opérationnel, a-t-il indiqué.
Hervé Guillou, PDG de la division défense et systèmes de communication d’EADS, a déclaré que le passage d’une guerre en haute mer à des opérations maritimes cotières nécessitait une approche commune dans la recherche et le développement, combinant des systèmes terrestres, aériens et navals.
La consolidation devrait créer un marché européen plus important, mais ne devrait pas conduire à des pratiques monopolistiques, a-t-il précisé.
Alberto Maestrini, PDG de la division navale de Fincantieri, a indiqué que la compagnie soutient la création de centres nationaux d’excellences et d’une intégration horizontale pour consolider l’industrie.
[1] memorandum of understanding : accord préparatoire.
Source : DefenseNews