La menace sous-marine augmente au Moyen-Orient

  • Dernière mise à jour le 3 novembre 2006.

L’achat en août dernier par la Marine Israë lienne de 2 sous-marins d’attaque plus modernes, qui, selon les experts, pourraient lancer des missiles de croisière àcapacité nucléaire et peuvent atteindre des cibles situées en Iran, met en lumière une dangereuse course àl’armement dans le domaine des sous-marins dans tout le Moyen-Orient.

Cette course à l’armement naval, qui se répand en Méditerrannée et dans l’Océan Indien, augmente la pression sur les forces américaines stationnées à l’étranger pour suivre les développements dans cette région et contenir les crises qui vont inévitablement apparaître.

L’augmentation du nombre de sous-marins stationnés dans la région pose un problème très différent de celui que posait la force sous-marine de l’ex-Union Soviétique déployée en pleine mer dans les années 70 et 80.

Centrée principalement sur le Golfe Persique, la Mer d’Oman, la Mer Rouge et la Méditerrannée, la menace sous-marine au Moyen-Orient concerne principalement des côtes aux eaux peu profondes, ce qui met au premier plan non seulement les technologies visant à rendre les sous-marins plus silencieux, mais aussi un traitement sophistiqué du signal devant permettre aux systèmes sonar des USA et de leurs alliés de détecter les sous-marins silencieux dans les zones littorales bruyantes et à l’acoustique très compliquée.

Israël est l’un des principaux joueurs de la guerre sous-marine dans la région. En août dernier, la Marine Israëlienne a annoncé la commande de 2 sous-marins Dolphin, construits par les Allemands, supplémentaires.

Ces submersibles ne sont pas seulement capables de lancer Popeye Turbo, un missile de croisière de conception israëlienne à capacité nucléaire, mais ils pourraient aussi disposer d’un système de propulsion anaérobie (AIP) extrèmement silencieux qui les rendraient aussi discrets que les sous-marins nucléaires d’attaque américains les plus avancés.

Le missile de croisière israëlien Popeye Turbo aurait une portée supérieure à 1 500 km. Très probablement, les sous-marins Israëliens pourraient donc lancer, en cas de crise, des missiles nucléaires en plongée ; dans cette position, ils seraient virtuellement à l’abri de toute interdiction et de toute repressaille.

Pour faire simple, avec des sous-marins naviguant dans la Méditerrannée, le Golfe d’Oman, la Mer Rouge ou le Golfe Persique, il n’y a pas une cible en Iran, au Pakistan, en Afghanistan, dans la Péninsule d’Arabie, en Afrique du Nord ou n’importe où ailleurs dans le Moyen-Orient qui soit hors de portée d’une éventuelle frappe nucléaire Israëlienne — ni Téhéran, ni Damas, ni Riyad, ni Le Caire.

C’est, bien sûr, un élément central de la stratégie militaire Israëlienne. En ayant en mémoire l’apparition de la menace d’armes nucléaires en Iran, Israël a la capacité de répondre secrètement à une éventuelle attaque nucléaire Iranienne en sol Israëlien d’une façon massive et dévastatrice. Cette capacité devrait faire réfléchir à 2 fois même le régime le plus radical de la région avant de déclencher une attaque nucléaire.

L’US Navy, qui s’est chargée de la surveillance du trafic sous-marin et des développements de cette arme dans le monde entier, voit son travail menacé dans cette région où règne le terrorisme. La menace sous-marine au Moyen-Orient n’est rien aujourd’hui en comparaison de ce que les commandes annoncent pour le futur.

Je pose cette question simplement par curiosité : combien de temps faudra-t-il pour que la capacité de lancer secrètement des missiles nucléaires tombent entre les mains de régimes voyous, ou pire encore, entre les mains de puissantes organisations terroristes comme le Hezbollah ou al-Qaida ?

Les sous-marins qui naviguent aujourd’hui au Moyen-Orient ne sont pas toujours les sous-marins vieillots, mal entretenus, délabrés auxquels on pourrait s’attendre. Les sous-marins Israëliens de la classe Dolphin sont parmi les plus silencieux et les plus avancés au monde, et ils ne sont pas les seuls dans la région à disposer d’une propulsion anaérobie.

L’Inde, par exemple, posséderait au moins 12 à 15 sous-marins, certains d’entre eux assez sophistiqués. De plus, l’Inde a commandé 6 sous-marins, dont au moins 3 devraient avoir une capacité AIP.

L’Inde va acquérir 6 sous-marins Scorpène, de conception franco-espagnole, à propulsion diesel, avec une option pour 6 autres. Ces sous-marins seront construits en Inde, et seront très silencieux, certains d’entre eux avec l’AIP qui peut permettre à des sous-marins diesel de rester en plongée pendant 18 jours, et peut-être même plus, sans faire surface ou naviguer au snorschel.

En termes plus simples, cela signifie que les sous-marins équipés d’un système AIP, comme les sous-marins Dolphin Israëliens, sont indétectables par qui que ce soit sauf pour les systèmes sonar les plus modernes et les plus sophistiqués.

Les systèmes AIP ne sont pas limités dans la région à la seule Israël. Selon certains experts, l’Inde pourrait avoir jusqu’à 6 sous-marins équipés de l’AIP dans sa flotte sous-marine.

Pendant ce temps, le Pakistan dispose d’une flotte sous-marine d’au moins 8 sous-marins, 4 sous-marins diesel de la classe Daphné achetés à la France dans les années 70, 2 sous-marins de la classe Agosta et 2 sous-marins plus modernes de la classe Agosta 90B qui pourraient encore être améliorés avec l’AIP [1].

Ce n’est certainement la fin de la liste des pays du Moyen-Orient qui ont au moins une certaine capacité sous-marine.

L’Iran aurait 3 sous-marins diesel, du moins officiellement, de la classe russe Kilo qui date des années 1980. Ces sous-marins sont vulnérables aux matériels de lutte anti-sous-marine les plus modernes, ont des équipages jeunes et inexpérimentés, et sont limités à la pose de mines dans des eaux sans défense.

Cependant, l’Iran disposerait aussi des mines maritimes modernes, y compris des mines non-magnétiques, télécommandées ou dérivantes, mais aussi magnétiques, acoustiques, à pression, et lancées par des fusées.

L’Egypte possèderait 4 sous-marins diesel Roméo de conception russo-chinoise datant des années 1960, pendant que l’Arabie Saoudite qui n’utiliserait pour l’instant que des mini-sous-marins, essayerait d’acheter 8 sous-marins auprès de fournisseurs européens.

Mis bout à bout, c’est une formidable menace maritime à laquelle les Etats-Unis et leurs alliés doivent faire face au Moyen-Orient. Pour y répondre, les responsables militaires américains développent une capacité améliorée de lutte anti-sous-marine et de déminage pour le futur LCS [2].

Les responsables américains ont aussi lancé un programme de recherche baptisé “Tango Bravo” : il s’agit de concevoir un nouveau sous-marin d’attaque ayant les capacités du tout dernier sous-marin d’attaque, le type Virginia, mais 2 fois plus petit (voir L’US Navy conçoit le projet d’un nouveau sous-marin plus petit).

Le programme “Tango Bravo” doit améliorer la technologie sous-marine dans 5 domaines : une propulsion sans la contrainte d’une hélice ; des armes stockées et lancées à l’extérieur de la coque épaisse ; des versions conformes des antennes sonar sphériques d’aujourd’hui [3] ; une coque, des systèmes mécaniques et électriques simplifiés ; et une automatisation pour réduire l’équipage et sa charge de travail.

Des programmes comme “Tango Bravo”, destinés à améliorer les sous-marins d’attaque Los Angeles, Sea Wolf et Virginia, n’arriveront pas trop tôt pour aider à contenir une menace sous-marine grandissante dans une partie du monde très dangereuse.

Notes :

[1Ndt : Contrairement à ce qu’indique l’auteur, les sous-marins Daphné ont été désarmés (voir La marine du Pakistan désarme 4 sous-marins d’origine française, Le Pakistan se sépare de ses Daphné français et Le Pakistan ferraille prématurément ses sous-marins du type Daphné). D’un autre coté, le Pakistan a acheté à DCN 3 (et non pas 2) sous-marins Agosta 90B (voir La Marine Pakistanaise reçoit le sous-marin Agosta ‘Hamza’.

[2Littoral Combat Ship : navire de combat littoral.

[3Antennes conformes : ce sont des antennes qui sont intégrées à la structure qui les supporte. Contrairement aux antennes linéaires, cylindriques ou sphériques, une antenne conforme suit la courbure de la coque, aussi irrégulière soit-elle.

Source : Military & Aerospace Electronics