La Marine canadienne va lancer une offensive de relations publiques

  • Dernière mise à jour le 18 décembre 2004.

Des images mal cadrées, l’objectif couvert de pluie, qui montrent un sous-marin àla dérive, roulant bord sur bord dans un océan Atlantique déchainé. Des infirmiers qui poussent vers une ambulance une civière sur lequel un marin ne bouge plus.

Voici les images qui représentent actuellement les sous-marins canadiens pour le public, des images qui passent en boucle àla télévision.

Ce sont des images que la Marine va essayer de faire oublier aux Canadiens l’an prochain.

L’un des moyens que la Marine entend utiliser est une campagne agressive de relations publiques qui pourrait comporter :
 obtenir qu’une célébrité embarque sur un sous-marin,
 des visites plus fréquentes des médias à bord,
 et une accélération de l’attribution de décorations à l’équipage du sous-marin endommagé HMCS Chicoutimi.

Le sous-marin, lors de son voyage inaugural vers le Canada, a été dévasté par un incendie majeur d’origine électrique le 5 octobre au large des cotes d’Irlande. L’accident a causé la mort du Lieut. Chris Saunders, 32 ans, et blessé plusieurs autres. L’origine de l’incendie reste encore indéterminée.

Alors que les Canadiens entendent parler depuis des années d’une armée sous-équipée et sur-utilisée, l’accident tragique de Saunders pourrait avoir touché un point sensible.

Au final, l’incident a forcé beaucoup de gens, y compris le premier ministre Paul Martin, à réexaminer le cout humain associé à des années de coupes franches dans les budgets militaires.

"J’espère que nous avons franchi un cap dans l’opinion publique," dit G.D. (Buster) Brown, un sous-marinier en retraire à Halifax. "Le public a (maintenant) une meilleur connaissance des risques d’une professions où il y en a beaucoup."

L’incendie du Chicoutimi ne met pas seulement en cause le programme des sous-marins, mais aussi la "réputation de la Marine" elle-même, est-il écrit dans des documents militaires obtenus par The Canadian Press grâce à la loi fédérale sur l’accès à l’information.

Et il faudra plus que de bonnes idées, du marketing et des photos de célébrités pour restaurer la confiance dans les sous-marins, précise un analyste militaire.

"L’enquête sur l’accident doit rendre public ses découvertes et elles doivent être honnêtes," dit David Rudd, président de l’Institut Canadien de Recherches Stratégiques.

"Si beaucoup de points, de découvertes sont cachées au public, aucune stratégie de communication ne sera efficace."

L’armée a mené son enquête à huis-clos, les résultats doivent en être publiés l’an prochain (vers le mois de février).

Vers la fin des années 1990, le gouvernement fédéral a acheté 4 sous-marins britanniques d’occasion pour la modique somme de 810 millions de $ dans un programme de leasing.

Mais les sous-marins ont été touchés par une série embarrassante de problèmes techniques, de retards.

Le plan de la Marine pour réhabiliter son image montre le portrait d’un organisme blessé qui suggère qu’il n’a pas été traité équitablement dans le tribunal de l’opinion publique.

Il y avait aussi un projet de dépenser 25.000 $ dans un documentaire pour la chaine cablée Discovery Channel. Mais le diffuseur s’est depuis retiré du projet.

Une enquête conduite par le Parlement sur l’achat des sous-marins continuera ce printemps. Les conclusions de cette enquête pourraient au final décider de l’avenir des sous-marins canadiens.

Le ministre de la défense Bill Graham, questionné en Ecosse peu après l’accident, a refusé d’écarter cette issue.

Milner indique que la Marine et ses maîtres politiques doivent résister à la pression de "répéter l’affaire des parachutistes."

Au milieu des années 1990, mis en difficulté par le scandale sur les abus et les meurtres de prisonniers somaliens pendant une opération de maintien de la paix, le gouvernement de l’ancien premier ministre Jean Chretien avait décidé de dissoudre le Régiment canadien des parachutistes (Canadian Airborne Regiment).

De même, la pression politique pour arrêter le programme des sous-marins pourrait être intense au début de l’an prochain, en fonction des conclusions de l’enquête militaire, ajoute Milner.

"C’était un accident tragique. Evidemment, quelqu’un a raté quelque chose, (mais) les accidents arrivent. C’est pourquoi on les appelle des accidents."

Source : 940 News