Pendant la Première Guerre Mondiale, des sous-marins ont été utilisés au printemps 1915 par les Alliés pour transporter des chevaux lors de la bataille de Gallipoli.

Monter un débarquement sur une péninsule lointaine occupée par un ennemi déterminé et bien installé a été un cauchemar en ce qui concerne la planification et la logistique. Le détroit des Dardanelles était bien défendu par les Turcs. Très tôt, ils ont reconnu l’importance de la péninsule et l’ont donc fortifiée.

Des canons ont été installés sur chaque voie d’accès. Des champs de mines ont été posés au large. Des milliers de soldats étaient stationnés à quelques kilomètres à la ronde. Même des avions, une première pour les Ottomans, avaient été envoyés à Gallipoli.

Comment la Royal Navy et la Marine Nationale allaient-elles transporter sans être repérées par un ennemi soupçonneux les milliers de tonnes d’approvisionnement, les milliers de soldats et de cheveux nécessités par l’offensive ?

La réponse logique était le sous-marin. Le sous-marin pouvait pénétrer de nuit les défenses de Gallipoli, décharger sa cargaison et quitter la zone avant que l’ennemi se rende compte de sa présence.

Une série d’incursions ont été menées à partir de décembre 1914 par des sous-marins pour vérifier la faisabilité du concept. Leur succès inattendu a ouvert la voie au déploiement à grande échelle de sous-marins dans la région.

Il ne s’agissait que de sous-marins rustiques, équipés de systèmes de base nécessaires pour embarquer hommes et matériels et les transporter à l’endroit désigné. Accueillir une force équestre à bord de ces monstres d’acier semblait donc une tâche impossible. Une tâche qui, non seulement a été accomplie, mais a été répétée à de nombreuses reprises pendant la campagne de Gallipoli.

Les Britanniques ont sélectionné leur nouveau sous-marin de la classe E. Ce sous-marin représentait une avancée majeure : il était plus grand que les classes précédentes et pouvait accueillir une cargaison plus importante à l’arrière. Il devait devenir la principale plateforme sous-marine britannique pendant les 4 dernières années de la guerre.

L’armée britannique a eu du mal à trouver le nombre de chevaux nécessaires. La plupart avait déjà été envoyé dans le nord de la France. Il a donc fallu faire appel à l’Australie pour trouver les 8.500 chevaux nécessaires.

A cause de l’étroitesse de la cale du sous-marin, il n’avait jamais été prévu que des animaux vivants ou des hommes y soient accueillis pour des voyages au long cours. Comme les chevaux avaient besoin de place pour manger et bouger, la Royal Navy a décidé de n’en transporter que 10 par voyage. A ce rythme, il faudrait 25 voyages de toute la flotte de sous-marins pour transporter les 250 chevaux nécessaires à une brigade du corps expéditionnaire. Cependant, les voyages ont commencé le 21 mars 1915.

L’embarquement des chevaux a été plus difficile que sur des navires de commerce. Les sous-marins ont été modifiés pour utiliser une rampe de chargement à la place du panneau normal. Le compartiment où les chevaux se trouvaient était fermé pour éviter que les chevaux n’aillent des endroits sensibles où passaient des tuyaux ou des cables.

La nourriture des chevaux était stockée à l’avant, à la place des torpilles. Cela privait le sous-marin d’une partie de ses torpilles. En fait certains ne transportaient que les torpilles déjà embarquées dans les tubes.

A cause du manque de place, les soldats chargés de les nourrir et de les soigner étaient logés dans des endroits précaires.

Le voyage vers les Dardanelles n’était pas des plus simples et des plus sûrs. Ils quittaient Douvres vers la Méditerranée en contournant l’Espagne. Le trajet était infesté par les U boats. S’ils survivaient au voyage jusqu’à Gibraltar, les sous-marins faisaient escale à Malte où ils étaient réapprovisionnés pour la dernière partie du voyage.

A Malte, les chevaux étaient débarqués pour pouvoir se défouler. Une équipe de vétérinaires était chargée d’évaluer les chevaux et de soigner les malades et les blessés. De nombreux chevaux ont reçu des coupures à cause de l’étroitesse de la cale. L’arrêt à Malte ne durait que quelques heures. Pendant ce temps très court, les vétérinaires arrivaient parfois à faire des miracles. Ils essayaient de préparer au mieux les chevaux. Parfois, les blessures étaient trop graves pour que le cheval puisse rejoindre le champ de bataille, il était alors relégué dans un champ pour se reposer. Lorsqu’il était complètement remis, il était embarqué sur un autre sous-marin pour rejoindre la zone de combat.

Entre Malte et Gallipoli, le voyage était plus facile : il n’y avait pas de sous-marin ennemi. Le problème pour les sous-marins et leur précieuse cargaison n’était pas d’arriver à Gallipoli, mais de débarquer les chevaux sur une péninsule lourdement défendue. Ayant navigué près de 16 jours, les chevaux étaient pressés de sortir du sous-marin.

Le bilan de l’opération de transport a été lourd. Sur les 21 voyages organisés, 3 sous-marins ont été perdus en mer. Sur les presque 2.100 chevaux envoyés à Gallipoli, seuls 500 ont survécu à l’opération. Lorsque l’ordre de rappel a été envoyé à la suite de l’échec, encore moins sont retournés en Grande-Bretagne.

Aujourd’hui, le courage et la valeur du cheval apparait sur le monument érigé sur la péninsule de Gallipoli. Il décrit la valeur des soldats et de leurs camarades à 4 pattes.

Référence :

Equestrian Mag