Le renouvellement à grande échelle des forces navales chinoises est la partie la plus visible d’une campagne de réarmement en cours depuis plus d’une décennie. Mais le développement par la Chine de sous-marins modernes et de plus en plus silencieux constitue un défi stratégique beaucoup plus sérieux pour les États-Unis et d’autres pays qui s’inquiètent de l’hégémonie croissante de Pékin en Asie.

Le nombre croissant de navires de la flotte de surface de la marine chinoise attire l’attention, basée sur le seul décompte des numéros de coque et d’un armement de plus en plus moderne.

Moins remarqué mais peut-être plus significatif sur le plan stratégique, est le renforcement de la flotte sous-marine, que ce soit des sous-marins à propulsion classique ou nucléaire. Comme pour les autres forces militaires chinoises, les sous-marins sont une menace croissante pour une principale caractéristique : leurs missiles.

La plupart des sous-marins chinois sont anciens et relativement bruyants, et par conséquent faciles à détecter, pister et détruire par les sous-marins d’attaque américains. Mais la flotte sous-marine chinoise se modernise et devient plus puissante grâce à la mise en service de nouveaux sous-marins armés de missiles soit nucléaires ou de croisière.

Le rapport annuel du Pentagone sur l’armée chinoise jette un nouvel éclairage sur le renforcement de la flotte sous-marine chinoise.

Le Captain Jim Fanell, retraité de l’US Navy et ancien directeur des renseignements de la Flotte du Pacifique, souligne que le rapport montre la haute priorité que la Chine place dans sa flotte sous-marine.

« Entre le développement d’un nouveau sous-marin nucléaire lanceur d’engins, le Type 096, et la poursuite de la production en série de sous-marins lanceurs de missiles de croisière anti-navires, il ne faut pas faire d’erreur, » explique Fanell, « l’objectif à long-terme de la Chine est de remplacer l’US Navy comme la plus grande et la plus puissante force sous-marine au monde. »

La Chine dispose de 63 sous-marins opérationnels : 5 sous-marins nucléaires d’attaque (SNA), 4 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) et 54 sous-marins d’attaque à propulsion classique.

D’ici à 3 ans, cette force devrait comporter entre 69 et 78 sous-marins.

Le nombre de sous-marins équipés de missiles de croisière anti-navires a aussi fortement augmenté. Depuis les années 90, la Chine a construit 13 sous-marins d’attaque de la classe Song et 17 de la classe Yuan, équipée d’une propulsion anaérobie. 3 autres Yuan devraient être lancés d’ici 2020.

De plus, 8 des 12 sous-marins Kilo construits en Russie peuvent lancer des missiles de croisière, conçus pour transporter des charges militaires importantes sur de grandes distances.

Depuis 2002, la marine chinoise a construit 2 SNA de la classe Shang 1 et 4 de la classe Shang 2. Elle a aussi construit 4 SNLE de la nouvelle classe Jin, équipés du missile balistique Julang-2.

« Les 4 SNLE chinois de la classe Jin constituent la première dissuasion nucléaire crédible chinoise, » indique le rapport du Pentagone.

Un nouveau type de SNLE, plus moderne, sera bientôt mis en service, le Type 096. Sa construction devrait commencer au début des années 2020 et il sera équipé d’un nouveau missile, le JL-3, encore plus puissant.

La marine chinoise travaille aussi sur un nouveau type de SNA, basé sur la classe Shang, baptisé le Type 093B.

Selon le Pentagone, le Type 093B « ne va pas seulement améliorer la capacité de lutte anti-surface de la marine chinoise, mais aussi fournir une option très discrète de frappe contre la terre. »

La plupart des nouveaux sous-marins seront équipés du missile de croisière supersonique anti-navire YJ-18, considéré par le Pentagone comme l’arme anti-navire la plus puissante.

La marine chinoise est aussi moins discrète à propos de sa nouvelle puissance sous-marine : une récente vidéo fournit un aperçu de l’intérieur du monde secret des forces sous-marines chinoises.

Un autre rapport rédigé par l’Office of Naval Intelligence, étudie les forces sous-marines chinoises dans le cadre de ce que Pékin appelle la “guerre sans contact” : l’utilisation d’armes et de plateformes pouvant mener des attaques de précision à longue distance, depuis l’extérieur de la zone défendue par l’ennemi.

Les 4 SNLE de la classe Jin sont basés en mer de Chine méridionale et devaient commencer au cours des dernières années des patrouilles opérationnelles de dissuasion, avec des missiles équipés de leurs têtes nucléaires. Cependant, il n’y a aucune confirmation officielle que les patrouilles aient bien commencé.

Par le passé, la Chine n’autorisait pas que les missiles opérationnels soient équipés de leurs têtes nucléaires. Si les Jin transportaient des missiles équipés de leurs têtes nucléaires, ce serait une première.

Les sous-mariniers américains surveillent étroitement les avancées de la flotte sous-marine chinoise, qui a toujours du retard en matière de capacités et de discrétion par rapport aux sous-marins américains et leurs décennies d’expérience d’opérations dans le monde entier. Mais la Chine fait des progrès rapides dans la réduction de ce retard.

Le rapport du Pentagone considère que les SNLE de la classe Jin et leurs missiles JL-2 ont une portée suffisante pour atteindre la partie continentale des Etats-Unis. « Pour maintenir une présence continuelle en temps de paix, la marine chinoise aurait besoin d’au moins 5 SNLE Jin, 4 sont actuellement en service, » souligne le rapport.

Référence :

Asia Times (Hong Kong)