Moscou cherche à obtenir des transferts de technologie avec un BPC Mistral

  • Dernière mise à jour le 8 janvier 2010.

Les ambitions de modernisations de l’armée russe prévoient un changement de politique d’achat des armements, du passage de l’auto-suffisance complète à des achats sélectifs de technologies militaires modernes à l’étranger. Comme le fait remarquer Ruslan Pukhov, conseiller du ministère russe de la défense, l’achat de bâtiments type Mistral à France serait la manifestation de ce changement de politique.

Les responsables russes insistent actuellement sur l’importance des transferts de technologie vers la Russie qui accompagnerait l’éventuel achat de bâtiments de la classe Mistral. Selon Pukhov, la Russie n’est pas seulement, ou pas principalement, intéressée par les capacités amphibies de bâtiment, mais aussi pour sa valeur comme plateforme de commandement, avec ses moyens de gestion de combat et des opérations militaires réseau-centrées en mer, ainsi que pour son hydroacoustique.

Depuis la visite, fin novembre, du premier ministre russe à Paris, au cours de laquelle l’achat d’un BPC Mistral a été évoquée, les responsables russes mettent une plus grande importance sur le transfert de technologies sophistiquées. Les déclarations faites les 14 et 21 décembre dernier par le porte-parole du ministère russe de la défense, indiquent aussi que Moscou considère désormais que le transfert de technologie est une condition de l’achat auprès de la France. Les mêmes responsables russes ont aussi confirmé que Moscou avait aussi approché l’Espagne et les Pays-Bas — pour l’achat de bâtiments amphibies construits dans ces pays — pour le cas où la Russie et la France ne se mettraient pas d’accord.

Dans la première partie des négociations, Moscou avait publiquement déclaré que les bâtiments de la classe Mistral permettrait à Moscou de se doter de capacités amphibies modernes, dont la Russie a montré qu’elle manquait lorsqu’elle a envahi la Georgie. Par conséquent, Moscou a dans un premier temps souhaité acquérir des bâtiments de la classe Mistral en temps que plateforme pour des assauts en hélicoptère et des opérations de débarquement, sans mettre l’accent sur les transferts de technologie. Cette nouvelle insistance sur les technologies laisse supposer que Moscou gagne en confiance dans les négociations avec la France. Il s’agit aussi d’un ballon d’essai vers les autorités de l’OTAN et de l’Union Européenne, ainsi que les pays membres. Leur silence persistant sur cette question pourrait encore plus encourager Moscou.

La France pourrait avoir aussi encouragé Moscou sans le vouloir. Le premier ministre François Fillon et le ministère français de la défense ont semblé particulièrement désireux de promouvoir la vente de BPC Mistral lors de la visite de Poutine en novembre dernier.

Une délégation du ministère, conduite par Alain Costes, de la DGA, s’est rendue à St-Pétersbourg à la mi-décembre pour discuter de la construction sous licence en Russie de bâtiments de la classe Mistral. La délégation a examiné les quais et les ateliers du Chantier de la Baltique pour s’assurer de sa capacité à construire des copies du Mistral.

Les discutions actuelles envisagent la vente d’un bâtiment (les Français en proposaient 2) et la construction sous licence de 3 ou 4 exemplaires dans les chantiers russes.

Les décisionnaires politiques et les groupes d’intérêt russes semblent être parvenus à un consensus sur l’essentiel d’une telle transaction. Dans un premier temps, les intérêts protectionnistes de l’industrie de défense russe, ainsi que des chefs regardant vers le passé (dont les inévitables amiraux en retraite) avaient exprimé leurs objections. Ils voulaient que le ministère finance la construction d’équivalents du Mistral dans des chantiers russes et s’inquiétaient de l’abandon de l’ancienne politique d’auto-suffisance. Le gouvernement et les amiraux en exercice, cependant, avaient dès l’été 2009, choisi la solution française.

Poutine, le ministre de la défense Anatoly Serdyukov, le chef de l’état-major général, le général Nikolai Makarov, le chef d’état-major de la marine, l’amiral Vladimir Vysotskiy, et son premier adjoint, Oleg Burtsev, font partie des responsables russes qui ont publiquement soutenu la solution française, tout en discutant de points précis (et en gardant en réserve les options espagnole et néerlandaise, au moins en paroles). Ils n’ont fait aucun secret que, dans leur opinion, les chantiers russes sont incapables de construire un navire ressemblant, même de loin, au Mistral. Néanmoins, acheter un premier navire en France et en construire plusieurs copies dans des chantiers russes (comme s’est envisagé) satisferait clairement les intérêts industriels russes. Cela impliquerait de nombreuses commandes induites et l’assimilation des technologies françaises par l’industrie de défense russe.

Il est clair qu’un consensus s’est cristallisé sur le sujet autour du gouvernement russe et des groupes d’intérêt, concernant les termes généraux d’un accord sur le Mistral, même si les termes précis restent sujet à négociation. Même sans leur électronique très sophistiquée, les bâtiments de la classe Mistral donneraient à l’armée russe une plateforme pour des opérations offensives de débarquement.

Source : Georgian Daily (Georgie)